samedi 21 février 2009

les bas-fonds du coeur

Rappeler les dommages qu'occasionnent les comparaisons des nouvelles voix de la chanson avec celles de leurs aînés, fussent- elles élogieuses ( comme ce fut le cas pour Gaëtan Roussel, le chanteur de Louise attaque que l'on compare à Brel) ou méprisantes comme dans l'expression "faire du Brel" et, non, je ne citerai personne. Il y a dix-huit ans, on reprochait à Romain Didier de souchonner et alors! Ceux qui voulaient lui couper les ailes avant même qu'il ne vole en sont aujourd'hui pour leurs frais. "Mais le public a besoin de repères" nous dit-on. Alors chaque fois qu'on découvre une chanteuse à voix, on se sert de Piaf comme référence unique pour éveiller les oreilles d'un public qui ne voudrait découvrir que ce qu'il connaîtrait. Hélas, pour les fabricants de modèles standards et de tristes clones, le qualificatif "piafante" appliqué à la voix éloigne plus d'un auditeur, et de façon rédhibitoire, du plaisir de la découverte, si ce n'était leur curiosité.
Une chance, dans le cas de Monique Froidevaux, chanteuse du groupe suisse Le Soldat Inconnu, d'avoir écouté leur disque Entre ciel et trottoir (merci Lulu Borgia) avant de lire les chroniques où on la comparait à notre gloire nationale -non, nous ne sommes pas le centre du monde et ce qui est une référence en France ne l'est pas forcément en Suisse- et à Barbara, Juliette Gréco, Marianne Faithfull, Marlène Dietrich, Ingrid Caven et même Brel, Mon- tand, Noir Désir, Adamo, Bécaud ; comme ça, tout le monde y trouve son compte; de là à ce que, pour faire vendre, on qualifie le groupe de boy' s band... Pendant qu'on plaisante, rien n'avance et on se retrouve au point de départ : on a tant dit qu'on n'a rien dit.
Pourtant Le Soldat Inconnu ne manque pas d'identité, il ne se noie pas dans le néant des signes particuliers; en effet, la voix -dont je ne dirai rien pour que ce soit une réelle surprise- mais aussi des textes qui transmettent en langue française un langage universel, des musiques martelées qui collent au pavé du quotidien font du Soldat Inconnu -qui a choisi le combat sur scène pour relayer ceux qui se battent dans l' ombre et dont on ne parle pas- un groupe pour lequel le sens du partage (qui que tu sois, quelque soit l'endroit, j'aimerais te rendre ce geste tendre ,. partageons corps contre corps cet instant contre la mort) n'a d'égal que celui de la fraternité (courage, courage, mon frère, la table est mise et le repas servi) et de la rencontre ( que fais-tu inconml, couché sur le pavé, avec pour seul abri, l'aube jaune étoilée). Le Soldat Inconnu puise ses thèmes dans l'hiver de la rue, au hasard des pas, au pied de murs disparus, dans les moments ordinaires, à l'heure où le regard est à la fois un départ et une fin. C'est une chanson urbaine qui avance tranquille, paisible Ci 'ai taillé une à une et de mes propres mains, les pierres aigzlisées qui bornent mon chemin) et qui sait où poser le coeur et comment nous en rendre compte. C'est une chanson qui pense à nous, c'est un disque dont vous êtes le héros. Chapeau bas, Le Soldat Inconnu; des bas-fonds du coeur, je pense à vous.
Et je "piaf' d'impatience (hum bof) de vous voir sur scène. Allez, sans rancune, chacune sa voie (!) et la chanson sera bien gardée.
(octobre 1997)

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