jeudi 9 octobre 2008

le voisin d'en face

c’est pas à côté, c’est pas au-dessus (y a pas de dessus !), pas de dessous non plus, c’est en face mais à côté, en face du voisin d’à côté, c’est donc pas vraiment un voisin, c’est pas non plus un copain ; enfin, ça ne serait pas un copain si elle lui parlait, elle le sait et lui parle pas ; lui, pour parler, il parle, jamais du beau temps -on peut pas râler sur le beau temps- pas sur la pluie -il est dedans quand il pleut- mais sur tout le reste, sur ce qui le regarde, c’est-à-dire tout : si elle sort son chien, quand elle ne le sort pas, d’ailleurs elle le sort jamais, il le sait, il est tout le temps là à écouter ce chien, qui n’aboie pas, c’est ce que disent les autres voisins mais lui il l’entend toujours, c’est pas son chien, elle lui dit, c’est celui du voisin du bout qui aboie mais le voisin du bout qui aboie aussi c’est son copain, son collègue de lotissement, il lui parle ; elle, c’est plus dur, elle ne dit pas toujours bonjour, du coup quand elle dit au revoir on est étonné, même si elle dit souvent merci, il ne voit pas le petit hochement de tête qu’elle fait à chaque fois qu’il est sur son pas de porte, il ne voit pas, il a honte, il tourne la tête, fait mine de regarder ailleurs ; il aime bien quand elle dit merci pourtant il ne lui rend jamais service, elle dit merci quand elle voudrait dire autre chose qu’elle ne peut pas lui dire, c’est à peine son voisin, il ne sait pas où elle va, quand elle va, il ne connaît pas ses horaires, jamais à la même heure elle rentre, même lui il ne sait pas quand pourtant il est toujours à sa fenêtre ou dans la rue ; quand elle ouvre sa porte, ses volets, sa fenêtre, sa voiture, quand elle ferme aussi, il est toujours là, elle n'ose plus sortir, elle a peur, il sonne même à sa porte pour lui dire, il faut qu’elle aille bosser, il est tout le temps là, un mirador, il devait être gardien de prison, il n'a pas l’âge de la retraite mais il ne travaille pas, elle le devine, sa femme oui, il a une femme, il s’ennuie, il observe, il a des jumelles il n'a pas pas d’enfants, il n'arrive pas à suivre, ça c’est pas des horaires de fonctionnaires croyez-moi ! quoi ? elle est fonctionnaire, ah ? pas titulaire alors ! il connaît, il était militaire, il surveille, c’est la voisine d’à côté qui le sait, elle lui parle, elle lui parle du parterre de fleurs en copropriété, il ne pense pas qu’elle pouvait parler de fleurs, elle ne s’occupe même pas de sa haie, c’est une intellectuelle, il l’a bien vu à la réunion du syndic, il a bien vu aussi : pas de chef de famille, pas de famille non plus ; il dit elle, il devrait dire elles deux, il ne voit pas bien le lien de parenté ni la ressemblance, il faut vivre avec son temps, c’est la voisine de plus loin qui le dit, de plus loin c’est plus facile à dire, on a plus de temps pour fermer sa porte à clé quand elles passent dans la rue ; la rue, il croit qu’elle lui appartient, devant chez lui c’est chez lui, on peut pas garer sa voiture si on est pas son copain -le camion des travaux n’est pas son copain, tant pis pas de travaux- on peut dire qu’il aime mieux les voisins des copains que les copains des voisins, il fait la circulation, gardien de la paix peut-être, en face c’est chez lui, à côté d’en face on pourrait croire que c’est chez lui, vu le temps qu’il y passe, vue l’enquête qu’il mène, flic alors, mais non, c’est chez elle et même si elle le pense très fort, il le voit quand elle baisse les yeux, il ne se laissera pas faire : c’est pas lui le voisin d’à peu près en face, c’est elle.

le voisin de l’autre côté de la voisine d’en face

1 commentaire:

Anonyme a dit…

j'ai aussi un voisin: le mien est "grande gueule", envahissant, "c'est moi , j'arrive" , "j'ai un camion, poussez-vous tous , je dois me garer" , "vous cachez ma maison avec la vôtre", procédurier et ordurier;on est étonné que ça puisse exister des gens comme ça !